Trop de détails sur Revit: pourquoi mon ordinateur est-il si lent?

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Lorsqu’on modélise un projet complexe sur Revit, il arrive souvent que l’ordinateur devienne très lent. On pense souvent que le problème est lié à la taille des fichiers car après tout il n’est pas rare de rencontrer des projets Revit de plus de 400Mo. Néanmoins, cela a peu d’impact sur le fonctionnement du logiciel et au pire, cela ralentit l’ouverture et l’enregistrement du fichier (ce qui est tout de même pénible). Le véritable facteur de ralentissement, c’est la complexité graphique qui affecte particulièrement Revit lors de la régénération des vues.

 

Une régénération de vue lente

Lors de la régénération d’une vue Revit 2D ou 3D, ce qui ralentit son affichage, c’est d’une part le nombre de lignes et d’autre part la complexité des calculs liés à la suppression des lignes cachées. Vous avez pu remarquer que les logiciels plus rapides que Revit pour afficher de la 3D comme Navisworks utilisent toujours une vue ombrée, sans lignes. Sur Revit, pour accélérer la visualisation 3d, vous pouvez utiliser le style « ombré » avec l’option « afficher les arrêtes » désactivée. 

Plus il y a de lignes à calculer, plus Revit va être lent. Par exemple, considérons des panneaux de clôture industriels, modélisés tel que construit. Ils contiennent énormément de lignes et ralentissent énormément le fonctionnement de Revit, à tel point qu’on ne peut pas travailler sans les masquer.

 
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Outre le nombre de lignes, les courbes présentent également un challenge pour les calculs. En effet, elles ne sont pas basées sur une position fixe mais dépendent de l’angle avec lequel on les regarde. Ainsi, Revit doit recalculer leur position à chaque régénération de vue.

 

Une modélisation lente

Dans Revit, tout est connecté. Plus ce qui est connecté à un objet est complexe, plus Revit est lent. Un jour, il m’a fallu presque une minute pour dessiner un mur dans un bâtiment de bureaux. En cherchant un peu, j’ai pu comprendre que le problème venait de la pièce placée sur l’étage sur lequel je dessinais le mur. L’étage était grand avec des angles complexes et n’avait qu’un seul élément pièce. A chaque fois qu’un nouveau mur était placé sur l’étage, Revit recalculait alors la surface de la pièce (ainsi que ses éventuels autres paramètres), ce qui prenait énormément de temps. Ceci-dit, c’est un exemple extrême mais il faut retenir que Revit fait beaucoup de calculs lorsque nous dessinons et même si cela n’est pas très flagrant sur des petits projets, cela prend beaucoup d’importance lorsque les projets sont complexes.

 

La sur-modélisation

Je vois cela tout le temps: du dessinateur CVC qui crée des unités de ventilation photo-réalistes à toutes les familles de fabricants que j’ai regardées en passant par le nouvel utilisateur Revit qui modélise une chaise roulante à placer dans un projet d’hôpital. Ceci étant, cela ne concerne pas que les familles. Par exemple, je vois aussi des meneaux de murs-rideaux qui sont modélisés jusqu’au détail de fabrication. La liste est longue.

Vous trouverez ci-dessous un exemple d’une chaise en vue d’élévation. La version simplifiée montre les contours géométriques de la chaise sans toute la complexité représentée dans le modèle réaliste. Pour me rendre compte de la différence de taille (liée au lignes supplémentaires), je les ai imprimé séparément en PDF. La version réaliste était 2.7 fois plus grande que la version simplifiée. S’il y a 10 chaises dans le modèle, alors le fichier de la version réaliste sera 10 fois plus gros que l’autre. De plus, le temps de traitement du modèle réaliste est significativement plus long.

Revit lent

Alors pourquoi les gens font ça?

Pourquoi font-ils tout ce travail alors que ces détails n’apparaîtront dans aucuns des plans de l’échelle 1/50 à l’échelle 1/200? On avait pas ce type de problèmes avec le DWG, pourquoi est-ce le cas avec le BIM? Car ils peuvent le faire.
Revit est capable de faire des maquettes réalistes très raffinées et ses fonctionnalités ne sont pas très difficile à utiliser. Les dessinateurs BIM débutants constituent de bons exemples. Ils pensent qu’ils font du bon travail (et c’est vrai si le but est de produire des rendus photo-réalistes) mais ils sont complètement inconscients des conséquences liées à la sur-modélisation.
Ceci étant, je pense qu’il s’agit d’un des problèmes les plus importants auquel le BIM doit faire face. J’ai tout de même bon espoir que dans le futur, ce problème diminuera d’importance puisque les ordinateurs deviendront plus puissants et les gens plus familiers avec les bonnes pratiques du BIM. Mais pour le moment, on ne peut pas l’ignorer.

 

Comment éviter la sur-modélisation?

Il faut définir l’échelle de dessin que tout le monde doit respecter et spécifier que seuls les éléments et les détails qui peuvent être vus à cette échelle soient modélisés. Il y a peu d’intérêt à modéliser les détails de construction en 3D: il est difficilement possible de produire des plans de détails lisibles à partir d’un modèle réaliste.

Pratiques de dessin suggérées:

  • Gardez à l’esprit que les détails de construction sont toujours requis pour seulement quelques parties du projet. Une vue extérieure n’a pas besoin que l’intérieur soit détaillé, une vue dans une pièce ne requiert pas que toutes les occurrences de mobilier de cette pièce soient très détaillées tout au long du projet, un détail d’appui de fenêtre ne doit concerner qu’une seule fenêtre, toutes les fenêtres ne requièrent pas ce niveau de détail.
  • Si des détails complémentaires sont requis, traitez-les comme une tâche séparée, ne changez pas le modèle principal. Créez de nouvelles vues plutôt que de modifier des vues existantes, placez une nouvelle famille plutôt que de remplacer une famille existante avec une famille plus détaillée, créez des nouveaux matériaux facilement identifiables, etc. Ainsi, on peut les supprimer facilement du projet quand ils ne sont plus requis.
  • Ne cherchez pas à mettre tout dans vos fichiers de projets. Faîtes des copies si des changements radicaux sont requis pour réaliser un livrable ponctuel (i.e. une variante pour prise de décision).
  • Utiliser des familles différentes d’un même élément pour montrer différents niveaux de détails n’est pas conseillé. Les nomenclatures ne seront pas correctes: compter les éléments devient compliqué.
  • Remplacer des familles n’est également pas conseillé. A moins de tout contrôler minutieusement, des paramètres peuvent être perdus ou modifiés, des dimensions peuvent être supprimées et les tableaux complètement fichus en l’air. Si vous voulez utiliser cette méthode, faîtes-le dans ce sens: faîtes une copie de votre projet BIM et remplacez les familles seulement dans cette copie.

Conseils de modélisation:

  • Utilisez les paramètres de niveaux de détail « faible, moyen, élevé » des familles.
  • Simplifiez les formes, évitez les courbes; en particulier les angles arrondis et les bords qui ne sont pas vus sur les plans.
  • Utilisez des motifs de remplissages plutôt que de la modélisation 3D (ex: maillage)
  • Utilisez les lignes de modèles (lignes 3D) pour les objets très fins (ex: grille de ventilation, panneau de clôture)
  • Simplifiez. Modélisez ce qu’on a besoin de voir, pas ce à quoi ressemble l’objet.

En fin de compte, on en arrive à la formation et à la supervision. Tous les gens qui travaillent sur votre projet doivent être conscients des conséquences de la sur-modélisation et connaître les astuces permettant de l’éviter.

 

Pour aller plus loin, je vous propose l’article suivant: 33 règles pour améliorer la performance de Revit

 

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Franck Spieser

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