L’IFC, en quoi est-ce utile?

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Pour rappel, l’IFC est un format ouvert et standardisé (ISO 16739), développé par BuildingSMART pour faciliter l’échange de données entre les logiciels BIM. L’article qui suit ne présente pas exhaustivement l’IFC, il s’intérèsse plutôt à son utilité dans la pratique. Par conséquent, si vous cherchez à en savoir plus, je vous conseille de consulter le site de Mediaconstruct (http://www.mediaconstruct.fr) , le chapitre français de BuildingSMART, véritable mine d’informations sur l’IFC et le BIM. Pour une synthèse rapide et complète, vous pouvez également consulter le livre blanc d’Autodesk sur le standard IFC (le-standard-ifc-quand-et-comment-l-utiliser).
Il suffit de parcourir quelques forums pour remarquer très vite que beaucoup de personnes ne sont pas satisfaits de l’IFC:
  • « l’export IFC d’une maquette a la mauvaise habitude de perdre des données ou de baisser son niveau d’information »
  • « A mon avis, le plus grand obstacle de l’IFC est son impossibilité à devenir aussi bon et fonctionnel que le logiciel BIM dans lequel il a été créé »
  • « Ça m’agace quand j’entends de nouveaux utilisateurs BIM (la plupart du temps sans expérience logiciel) crier haut et fort que nous devons tous adopter l’IFC et l’openBIM sans attendre car c’est a priori une solution parfaite alors qu’en réalité cela implique une charge de travail énorme »
Alors que se passe-t-il? Pourquoi les utilisateurs sont-ils insatisfaits alors que les promoteurs du BIM nous expliquent sans arrêt à quel point l’IFC est merveilleux? Il semble y avoir beaucoup de déclarations sur ce que peut faire l’IFC mais très peu sur ce qu’il ne peut pas faire.
Je ne me considère pas comme un expert de l’IFC, seulement un utilisateur fréquent. J’ai pensé que je pourrais partager mon enquête sur l’IFC. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques.

 

Problèmes avec l’IFC

– un format d’échange n’est pas équivalent à un format ouvert

Une des choses que beaucoup de personnes ne semblent pas apprécier est que l’IFC (et par extension le COBie) est un format d’échange. Ce n’est pas un format commun comme les formats ouverts (DOCX, JPEG, XVID…) ou les formats propriétaires (DWG, PDF…). L’IFC est conçu pour être un format qui a pour seule finalité d’échanger des données entre d’autres formats.
Les logiciels qui peuvent ouvrir directement des fichiers IFC sont les visionneuses IFC et ils ne peuvent pas les éditer.
 

– deux sources d’erreurs possibles

En tant que format de données agnostique, l’IFC est une très bonne idée. Néanmoins, son utilisation crée deux sources d’erreurs possibles: lors de l’export et lors de l’import de l’IFC. Avec un format de fichier commun, il n’y a qu’une seule source d’erreur: à l’import quand on utilise le format natif du logiciel ou à l’export quand on utilise un autre logiciel.
(ex: création d’un fichier DWG à partir d’un fichier d’un autre format ou bien export d’un fichier DWG depuis un autre logiciel)
 

– fonctionnalité

Le format IFC n’est pas encore en mesure de conserver la notion paramétrique des composants BIM. Lors de l’export, les propriétés et les valeurs associées (ex: les dimensions) sont conservées (exportées) mais ne sont  plus en mesure de piloter ni d’influencer la géométrie.  Cette capacité étant perdue lors de l’export, il n’est  pas possible de la retrouver dans le cas d’import ou
d’ouverture d’un fichier IFC.
En réalité, le format IFC contient des objets statiques qui ne sont plus éditables.
Ce comportement perpétue des problèmes que le BIM est supposé dépasser. Si les paramètres géométriques sont échangés et éditables mais que la géométrie ne change pas avec les modifications de ces paramètres, il est possible d’arriver à des situations où les dimensions prévues pour l’équipement ne correspondent pas à ses dimensions géométriques réelles; ce qui rend la planification des espaces et la détection de collisions non fiables.
 

– Seulement les bâtiments, pas les composants

Bien qu’on puisse créer un fichier IFC d’un bâtiment qui contienne des composants, on ne peut pas créer un fichier IFC d’un seul composant. La seule manière d’y arriver est de créer un fichier IFC à partir d’un fichier natif ne contenant qu’un seul composant.
C’est assez surprenant, surtout de la part d’un format qui se veut ouvert.
Il y a plusieurs initiatives visant à créer des composants BIM standardisés comme le UK NBS National BIM Library. Mais ils ont du inclure des fichiers rvt à cause du manque de fonctionnalités des fichiers IFC.
Cela dit, il devrait être possible de créer un fichier de composant IFC et je crois que Mediaconstruct y travaille.
Pour le moment, l’IFC n’est donc pas un format adéquat pour les composants.
 

– Qualité d’archivage

L’IFC est présenté comme un format d’archive. L’argumentaire est le suivant: les mises à jour continuelles des formats de logiciels propriétaires sous-tendent que n’importe quel fichier sauvegardé aujourd’hui ne sera plus lisible dans le futur. Alors que l’IFC, en tant que standard publié, sera lui toujours lisible.
Mais comme expliqué précédemment, l’IFC n’est pas un format de logiciel, c’est un format d’échange qui a besoin d’autres logiciels pour être créé et lu. Par conséquent, il compte sur les logiciels propriétaires pour maintenir la capacité à lire d’anciens formats IFC. Cela revient au même de compter sur eux pour maintenir la capacité à lire leurs propres formats. On pourrait arguer qu’il est plus probable qu’ils le fassent pour leur propre format que pour un format externe duquel ils n’obtiennent aucun revenu.
Il existe tout de même un facteur atténuant. Puisque les IFC sont rarement mis à jour, les logiciels propriétaires n’ont pas énormément de versions de convertisseurs IFC à mettre à jour.
Il n’en demeure pas moins que le problème de l’archivage des données digitales n’est pas résolu par l’utilisation des IFC.
 

– BIM Exploitation

La maquette IFC est plutôt inutile quand il s’agit de l’utiliser comme une ressource pour les futures modifications d’un bâtiment. En tant que format d’échange, l’IFC ne peut pas être édité directement. Qui plus est, la plupart des données qui utilisent les fonctionnalités du logiciel qui l’a édité a été perdue lors de l’export. Donc au mieux l’IFC peut seulement être utilisé comme un fond de plan 3D statique dans un logiciel BIM avec une capacité d’action limitée à supprimer des parties de la maquette.
De plus, lorsqu’on importe l’IFC dans un logiciel BIM propriétaire, on risque de perdre de la donnée. Sans un contrôle exhaustif de tous les éléments, il n’est pas possible de savoir si tout le contenu du modèle IFC a bien été répliqué.
Ensuite, une fois que les modifications ont été réalisées dans le logiciel propriétaire, le nouvel export IFC est également problématique. Si seulement une partie du bâtiment a été modifiée, comment peut-on l’intégrer dans le modèle IFC originel? Si toute la maquette est de nouveau exportée en IFC, remplaçant le modèle IFC d’origine comment peut-on traiter les différences de contenu de données ou les problèmes qui arrivent si le modèle IFC est lié à une base de donnée externe (ex: logiciel FM)?
 

– Complexité

J’ai parcouru les descriptions de l’IFC et du COBie et je suis sûr que si j’y passais suffisamment de temps, je pourrais les comprendre. Mais je ne veux pas le faire, je ne suis pas informaticien, j’ai des choses plus importantes à faire dans mon champ d’expertise. Je suis certain que les autres acteurs de la construction voient les choses de la même manière.
Regardez simplement ce que signifie IFC – Industry Foundation Classes. Qu’est ce que ça veut bien dire? Rares sont les gens connaissant ce terme et encore plus rares sont les gens capables de définir ce que s’est réellement.
Est-ce vraiment important? Le format IFC est un format de logiciel, pas une procédure à l’attention de l’utilisateur. En théorie, nous autres utilisateurs ne devrions pas avoir à nous intéresser au fonctionnement interne de l’IFC.  Mais en réalité, nous devons le faire car les logiciels ne nous fournissent pas ce dont nous avons besoin pour faire notre travail.
 

– En pratique, est-ce que l’IFC fonctionne vraiment?

Côté utilisateurs: d’après mon expérience personnelle et les discussions que j’ai pu lire sur des blogs et forums, je dirais que ceux qui semblent avoir utilisé l’IFC finissent soit par l’abandonner soit par accepter ses limites.
Côté logiciels: des traducteurs IFC sont développés par quelques logiciels afin d’améliorer la communication avec un logiciel spécifique via l’IFC. Par exemple, Archicad dispose d’un traducteur IFC spécifique pour l’import et l’export de l’IFC depuis/vers geomensura. Néanmoins, une tendance se dessine et prend l’IFC à contre-pied: les logiciels développent des plug-In pour discuter directement entre eux.
Malgré tout, l’IFC est tout de même utilisé à travers le monde.
 

 

En quoi l’IFC est-il utile?

Derrière les limites pratiques de l’IFC, il y a une idée fondamentale plutôt intéressante. Il n’est pas et ne sera pas la panacée qu’il prétend être; néanmoins, il peut être utile dans les cas suivants:
 

– Analyse

En général, les études analytiques BIM ne requièrent pas l’ensemble du modèle numérique. Les études structurelles requièrent seulement les composants structurels; les études thermiques requièrent seulement les espaces, les zones et l’enveloppe du bâtiment. Quelques logiciels d’analyse requièrent seulement certaines parties du bâtiment ou font l’analyse partie par partie (ex: étage par étage). Puisque l’IFC est un format ouvert, les utilisateurs des fichiers IFC peuvent les décomposer sans avoir besoin d’un logiciel de modélisation BIM. Leur logiciel d’analyse peut le faire ou cela peut être fait par un logiciel tierce comme simpleBIM.
Comme l’IFC est généralement plus simple que le format d’un logiciel propriétaire, les logiciels d’analyse nécessitent moins de lignes de code pour accéder à l’information dont ils ont besoin et ils ont plus de facilités à manipuler ces données avant de l’importer. Cet aspect devient d’autant plus important quand le cloud computing est utilisé pour l’analyse.
Si le logiciel d’analyse ne fait que de l’analyse, alors une maquette statique comme une maquette IFC est suffisante, mais si on veut modifier la maquette en fonction des résultats de l’analyse de l’IFC, ça ne fonctionnera pas
En conclusion, si on veut fournir une maquette à quelqu’un d’autre pour qu’il fasse une analyse, c’est une bonne idée, mais si nous voulons nous même réaliser une analyse qui amènera des modifications sur la maquette, le logiciel de modélisation convient mieux.
 

– Facility management

Un système d’informations pour le Facility Management n’a pas besoin d’être capable de modifier facilement la géométrie du bâtiment. La géométrie est surtout là pour servir d’outil de navigation pour les données que le système d’informations contient. En réalité, on ne souhaite pas que les gens modifient accidentellement la géométrie du modèle numérique (ce qui peut arriver avec les logiciels de modélisation).
De plus, on ne veut pas d’un format de fichier complexe et inutile qui puisse faire plus que ce dont on a besoin. Donc utiliser l’IFC pour du FM est pertinent. C’est un format simple qui a sa géométrie verrouillée. Qui plus est, l’IFC est théoriquement pertinent pour importer des données de plusieurs sources différentes. Je dis en théorie car tout dépend de la qualité des IFC que ces-dites sources créent.
Bien entendu, si vous avez besoin de modifier la géométrie du bâtiment, comme ajouter une porte ou changer un mur, il faudra le faire avec un autre logiciel et essayer d’intégrer ces modifications dans le modèle IFC. Avant de vous engager sur un logiciel FM fonctionnant avec les IFC, je vous suggère de vous assurer que ce process est robuste et fiable.
 

– Coordination

Aujourd’hui, les logiciels de détection de collisions importent des maquettes statiques. Ils n’ont pas la capacité de modifier la géométrie. Ainsi, l’IFC est un bon format pour ce type de logiciels.
La solution idéale serait de pouvoir modifier la géométrie pour résoudre les problèmes de collisions pendant leur détection. Mais les logiciels de modélisation ne sont aujourd’hui pas assez performant pour le faire en pratique. Par ailleurs, il se pose la question de qui fait les changements. Est-ce que le BIM Manager qui n’est pas ingénieur structure devrait être autorisé à modifier la maquette structure?
Donc pour le moment et tant que les logiciels de modélisation ne s’améliorent pas et que les problèmes de responsabilité ne sont pas résolues, l’IFC convient très bien pour la détection de clash et la coordination.
 

 

En quoi l’IFC est inutile?

– Maquette « tel que construit », support pour les travaux futurs

L’IFC n’est pas un format de logiciel de modélisation et dans sa version actuelle, il est trop limité pour être vraiment utile pour faire des modifications sur un bâtiment existant.
Néanmoins, on peut assouplir le travail avec l’IFC en réalisant soigneusement le modèle IFC. Par exemple en le décomposant en maquettes liés. Si l’IFC est exigé pour le DOE, la procédure de mise à jour de la géométrie existante doit au moins être établie avant la transition au FM.
 

– Echanges entre les logiciels de modélisation

L’incapacité de l’IFC à conserver toutes les données utiles aux logiciels de modélisation a pour conséquence qu’il est actuellement un mauvais choix pour l’échange de maquettes BIM. Si tout ce que vous avez besoin est un fond de plan 3d, alors l’IFC peut être utile mais seulement si vous êtes certain que tous les objets ont survécu au double transfert – lors de l’export depuis le logiciel d’origine puis lors de l’import dans le logiciel d’arrivée.
Par ailleurs, même si vous arrivez à importer avec succès l’IFC dans le logiciel de modélisation, le contrôle que vous aurez sur lui sera certainement très limité (visibilité, suppression, base de données).
 

– Objets

L’IFC n’est tout simplement pas capable d’échanger les propriétés paramétriques que nous attendons d’un objet BIM. Peut être qu’un jour il le sera, mais pour aujourd’hui, ne perdez pas votre temps.
 
 

Est-ce que l’IFC devrait être soutenu?

Je crois que nous devrions. Fondamentalement, c’est une bonne idée. Si vous pensez pouvoir contribuer à l’IFC directement, rapprochez-vous de Mediaconstruct, le chapitre français de BuildingSmart.
Mais si vous voulez contribuez, à mon avis, la meilleure façon de le faire est d’essayer. Testez-le et partagez vos expériences. Si ça ne marche pas, plaignez-vous, si ça marche, partagez vos réussites.
 
 
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Franck Spieser

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2 Commentaires

  1. Avatar of Admin courageNo Gravatar dit : Répondre

    Je travail sur l’IFC dans le cadre d’un projet de logiciel de calcul d’estimation des projets de construction. La France à un retard culturel énorme sur ce sujet qu’il ne faut pas négliger. Le monde avance, et ne nous demande pas de le suivre, c’est à nous de le faire. L’IFC est imparfait, mais démontre chaque à version une maturité croissante. C’est lent, je le reconnais. le niveau d’abstraction est puissant et même moi je galère pour prendre le train en marche. Mais dans les faits, dans un futur proche, rien ne pourra dépasser en qualité le format IFC. C’est l’avenir à n’en pas douter.

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